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Les opérateurs télécoms en ébullition

Alexandre AbboudPar Alexandre Abboud, responsable grands comptes télécoms du Groupe SII.
Tribune à retrouver dans les Echos.

 

Partout dans le monde, le secteur des télécoms est en ébullition. Plus particulièrement en Europe. Avec 150 opérateurs contre 4 mastodontes conglomérés de l’autre côté de l’Atlantique, il faut dire que le marché est dopé par la concurrence.

 

En effet, les contraintes fiscales, réglementaires et d’investissement ont des effets vertueux, mais sont également des contraintes fortes qui pèsent sur ces acteurs. Elles invitent et obligent les opérateurs à diversifier leurs activités. En prime, elles incitent ces entreprises à l’agilité en cherchant de nouveaux modèles pour conserver leurs marges, leurs parts de marché et continuer à se développer.

Fiscalité, règlementation et investissement

Contrairement aux GAFA et aux différentes entreprises de cet écosystème telles que les équipementiers et les constructeurs par exemple, les opérateurs télécom européens répondent à des contraintes fiscales importantes. Rien qu’en France, depuis 2012, la taxe des télécoms rapporterait 1,2 milliard d’euros par an à l’État alors qu’elle s’est allégée dans d’autres secteurs de l’IT : équipementiers, fournisseurs de contenus, etc. 

Par ailleurs, ces mêmes opérateurs font face à une règlementation des tarifs télécoms revue à la baisse. Selon Didier Casas, administrateur de la Fédération Française des Télécoms, le niveau de prix aurait chuté de 40 % depuis 2010, générant des tarifs parmi les plus bas des pays développés. Enfin, investir massivement pour gagner des parts de marché, notamment sur celui de la 5G, fait partie de l’ADN des opérateurs de téléphonie. En 2017, ces investissements ont atteint un montant record : 9,6 milliards d’euros, soit 8 % de plus que les années précédentes.

La diversification des activités

Ce contexte singulier permet aux opérateurs télécom de diversifier leur activité pour combler les manques à gagner, augmenter leurs marges, et posséder plus de cash-flow. Cette diversification est d’abord d’ordre géographique. Elle se marque par l’installation des télécoms dans les pays émergents. L’exemple le plus marquant est celui d’Orange sur le continent africain. Ou bien celui de Free au Sénégal.

Puis elle s’exprime dans la création d’offres croisées. Notamment bancaires. En la matière, Orange a lancé Orange Bank en 2017. Bouygues a fait sa récente entrée au capital de la néo banque Xaalys ; le but étant de fidéliser les ménages sur leurs offres. Le marché du B2B n’est pas en reste. Les télécoms témoignent d’une vraie volonté de s’adresser au marché des TPE. Orange se positionne sur des offres premium quand la prise de participation d’Iliad dans Jaguar Network se chiffrait à 75 %.

Les vecteurs d’amélioration

Bien évidemment, il existe d’autres leviers à activer pour que les opérateurs télécom puissent augmenter leurs marges. L’IT est la clé. Ils consistent à adopter et accélérer la mise en place de modèles "as a service" pour diminuer les coûts d’intégration et offrir une expérience client plus personnalisée ; à virtualiser les réseaux des plateformes pour permettre une baisse des coûts matériels et une gestion plus centralisée ; à miser sur la data couplée à l’IA pour améliorer l’expérience client et la consommation, les solutions de maintenance prédictive, l’automatisation de certains process (RPA), la gestion des fraudes et également la gestion des salariés à travers des outils d’analyse RH ; ou encore à poursuivre le déploiement des objets connectés.

Les opérateurs et l’accélération du modèle as a Service

Parmi ces exemples de diversification, le plus emblématique est celui de l’apparition de solutions as a Service de la part des opérateurs télécom. Ces acteurs ont en effet mis leurs infrastructures à disposition d’entreprises tierces afin de générer de nouveaux territoires de profit. Les entreprises ont dès lors la possibilité d’externaliser leur infrastructure informatique, elle n’est plus obligatoirement hébergée au sein de leur propre système informatique local. Le phénomène des communications unifiées qui a explosé au sein du marché des télécoms d’entreprise est un bon exemple de cette dynamique. À court terme, les opérateurs seront de véritables fournisseurs de plateformes de services auprès desquelles les entreprises auront la possibilité de sourcer des services via des API dédiées.

À l’avenir, plusieurs scénarios se dessinent. L’un où les télécoms, forts de la fiscalité existante et d’un cash-flow faible, assument simplement le rôle de fournisseurs de connectivité. L’autre où ces mêmes opérateurs deviennent de vrais opérateurs de services multiples. Les choix stratégiques décideront du scénario des prochaines années. Ce qui est certain : un changement de paradigme est à envisager dans la relation entretenue avec des fournisseurs IT plus souples, plus agiles, capables d’évoluer rapidement et de fournir des conseils précieux.

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