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Les ESN ont un rôle déterminant à jouer en faveur de la responsabilité numérique

Estelle NeveuPar Estelle Neveu, Chargée de mission RSE.
Tribune à retrouver dans Le journal du net.

 

Bousculé par les évolutions technologiques et la récente crise liée à la Covid-19, le monde est en mutation. Alors que l'Accord de Paris sur le climat fête ses 5 ans, où en est la prise de conscience des entreprises de services du numérique ? Ces dernières sont en pleine mutation sur les questions de responsabilité digitale.

 

La triple responsabilité des entreprises de services du numérique

La responsabilité environnementale des acteurs de l’IT est un fait. Les technologies produisent au niveau mondial une part non négligeable des gaz à effet de serre et consomment toujours plus de ressources non renouvelables. Les entreprises de services du numérique se doivent d’être au premier plan sur ces enjeux en ce qu’elles participent au développement des technologies de demain. En parallèle, les ESN ont un rôle déterminant à jouer pour intégrer pleinement les enjeux du Règlement général sur la protection des données (RGPD) et s’inscrire dans l’inclusion numérique. Trois défis qui façonnent la feuille de route RSE des ESN.

L’impact environnemental des technologies est majeur

Les technologies ont des travers que nous percevons désormais nettement. Le premier est lié à l’impact environnemental de nos ressources numériques. Les chiffres sont édifiants, une seule entreprise du tertiaire de 100 personnes génère à elle seule près de 13,6 tonnes de gaz à effet de serre chaque année, ce qui équivaut à l'émission en CO2 de 14 vols Paris - New York[1]. Le développement des nouvelles technologies ne fait qu’accroître cette production de carbone. La multiplication des appareils et terminaux, l’omniprésence du cloud, les ressources numériques nécessaires à des collaborations distantes, toutes ces technologies polluent et il devient primordial de questionner réellement leur impact environnemental.

Le rôle déterminant des éco-ingénieurs

Toutes les organisations doivent être en mesure d’intégrer à leur bilan environnemental les impacts indirects de leurs services et produits. Une règle de conduite qui a encore plus de sens pour les entreprises de services du numérique. Car si elles doivent veiller à appliquer en interne des reflexes environnementaux liés à l’utilisation de ces ressources digitales, elles en sont également les architectes. Depuis plusieurs années le green IT est devenu incontournable. Il faut cependant prolonger cette dynamique, car trop de ressources et projets sont encore déployés sans que l’on prenne en compte leur impact environnemental. Les ESN doivent dans ce sens veiller à intégrer dans leurs projets la dimension d’éco-conception.

Le RGPD est un cadre que nous ne pouvons plus ignorer

Un autre point essentiel pour les ESN est celui de l’enjeu des données personnelles. Leur utilisation est encadrée depuis quelques années par le Règlement général sur la protection des données (RGPD). Celui-ci s’est imposé en un temps très court. En l’espace de quelques mois, les organisations ont dû repenser l’ensemble de leur mode de traitement de ces données. Si certaines industries se sont très rapidement adaptées aux exigences européennes, d’autres peinent encore à les intégrer. Récemment les condamnations de Google et d’Amazon par la Commission nationale de l'informatique et des libertés à des amendes de 100 et 35 millions d'euros marquent très clairement la tendance actuelle. Désormais le respect des données personnelles est un impératif incontournable.

Les ESN jouent un rôle déterminant en matière de données

Tout comme pour les enjeux environnementaux, les ESN sont en première ligne sur ces enjeux. Ce sont elles qui conçoivent un nombre important d’architectures informatiques. Elles se doivent dès lors de conseiller et de définir des modèles d’utilisation des données qui seront systématiquement adaptés à la législation. Cette transition est depuis plusieurs années au cœur de leur cahier des charges. Le législateur joue dans ce sens un rôle d’accompagnant. Le 6 juillet 2020, la plateforme RSE déployée par le gouvernement donne une définition de la responsabilité numérique des entreprises et propose un diagnostic sur l’enjeu des données en adressant 34 recommandations à l’attention des différentes parties prenantes. Un levier supplémentaire pour accompagner la transition vers une systématisation du RGPD.

Rendre le numérique accessible à tous

Alors que les nouvelles technologies jouent un rôle déterminant pour permettre à chacun de de s’inscrire pleinement dans un monde en constante évolution, l’inclusion numérique pose comme principe fondateur le fait de permettre à tous d’accéder aux ressources digitales. Des enjeux qui touchent aussi bien les personnes handicapées que les populations en situation de fracture numérique. La place des femmes dans le secteur du numérique est également une préoccupation centrale. Du fait de leur place centrale sur les questions numériques, les ESN se doivent de se mobiliser et d'agir pour réduire les écarts et permettre aux plus grand nombre d'accéder aux technologies.  

La prise en compte de ces enjeux au niveau des Comex des ESN

Sur ces questions, les ESN françaises sont plutôt bons élèves. Ni en avance, ni en retard, elles intègrent ces enjeux de responsabilité numérique dans leur organisation et leur offre de services. Il y a peu, la grande partie des entreprises de services du numérique traitait ces sujets d’une manière secondaire. Désormais, les Comex des ESN se doivent de les intégrer. La marque la plus visible de cette évolution tient à l’intégration de la RSE au sein des rapports annuels.

La crise de la covid-19 a joué un rôle d’accélérateur sur de nombreux sujets. Les modes collaboratifs ont considérablement évolué impliquant de fait une demande très forte de ressources numériques répondant aux nouveaux besoins des organisations. Ces nouveaux cadres digitaux vont clairement impacter l’environnement. Si la révolution industrielle a été effectuée aux dépens de notre planète, il est primordial de ne pas reproduire les mêmes erreurs avec cette montée en puissance du numérique. La multiplication des relations distantes ouvre également la voie à une utilisation plus systématique du digital dans notre quotidien. Une dynamique qui invite à la prise en compte plus drastique de l’utilisation de nos données. L’inclusion numérique est enfin un enjeu central qui doit figurer en bonne place dans l’agenda RSE des ESN. Les prochaines années seront déterminantes pour ces questions et les entreprises de services du numérique auront un rôle déterminant à jouer.

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