Tribune

Il est temps de rencontrer votre clone (digital)

Sylvain FargeasPar Sylvain Fargeas, Directeur Solutions & Innovation, Groupe SII.
Tribune à retrouver dans Le Journal Du Net.

 

Le concept des jumeaux numériques n'est pas nouveau. Les équipes au sol d'Apollo 13 (et surtout le film de Ron Howard) ont largement participé à sa notoriété. En 2019, une étude Gartner confirmait que ces outils étaient désormais courants dans les entreprises. Saviez-vous que nous avions tous un clone digital ? Tenez-vous prêts, les jumeaux numériques débarquent dans nos vies.

 

Les jumeaux numériques (digital twins) répondent de plus en plus présent

Concrètement, un jumeau numérique consiste en la modélisation digitale d’une entité (produit, service ou autre). Il permet de simuler en temps réel ce qu’il se passe dans la réalité, et donc de gagner en efficacité sur toute la vie du produit ou service (design / time-to-market de mise en œuvre / maintenance prédictive / modification des offres, etc.). La promesse est alléchante pour les géants de l’industrie 4.0 (comme Airbus ou Schneider), les grands groupes agro-alimentaires, les banques et assurances. Et il y a même fort à parier que ceux qui décident de faire l’impasse sur les jumeaux numériques auront du mal à rester compétitifs dans un futur proche.
Le champ d’application des jumeaux numériques semble particulièrement grand, mais sa pertinence dépend de la maitrise de la data.

L’accessibilité aux données : nerf de la guerre du développement des digital twins

Mettre la collecte, le tri et l’analyse des données au cœur des stratégies d’entreprises est aujourd’hui une des clefs pour rester dans la course. Pour cela, la maitrise des technologies d’IoT, de connectivité, d’API, de cloud, d’intelligence artificielle, sera indispensable mais pas suffisante.
La course aux capteurs et l’avènement de la 5G multiplient les sources de données qui seront accessibles en temps réel : capteurs d’environnement et sécurité publique (pollution, météo, trafic...), de transport (avions, voitures, trains et infrastructures rail…), d’énergie, de chaine de production, de smart city, d’agriculture, de santé… Mais ces data ne sont pas accessibles à tous. Si collecter des données sur son avion en y plaçant des capteurs est relativement aisé pour un constructeur, comment arriver à capter les données détenues par d’autres ? Se jouent alors de vraies transactions entre les différents acteurs du marché, les partenaires, les exploitants. Certaines données s’achètent, et d’autres sont libres d’accès comme l’open data.

1, 2, 3, 10… quand les jumeaux numériques des individus se multiplient

De par les traces numériques que nous laissons via nos objets connectés et nos parcours web, nous avons déjà tous un ou plusieurs jumeau(x) numérique(s). Et ce n’est que le début. Ces cyber-versions de nous-mêmes permettent aux entreprises d’avoir une vision numérique de nos profils acheteurs et donc d’adapter leur offre à ce que nous sommes. Chacun peut aussi avoir son clone digital au sein des entreprises et des administrations. En fonction de nos usages numériques (qui induisent une certaine couverture de notre vie par les capteurs : santé, géolocalisation, activités, loisirs, etc.), notre avatar 4.0 sera plus ou moins complet.
A partir de données sur notre alimentation et notre santé, notre jumeau numérique pourrait prédire d’éventuels problèmes dentaires et nous suggérer de consulter un dentiste. Il pourrait nous aiguiller dans le développement de notre carrière en croisant nos compétences professionnelles et nos préférences environnementales.

Il est évident que la multiplication des jumeaux numériques des individus soulève des questions d’ordre éthique et identitaire, il est donc souhaitable qu’un encadrement et une meilleure maitrise de la collecte et des utilisations de ces données personnelles dessinent un avenir vertueux à ces outils d’une précision rare.
Largement répandus dans l’industrie depuis de nombreuses années, les jumeaux numériques sont maintenant légion dans les autres secteurs et se multiplient dans la sphère privée. A partir de nos propres comportements, nous nourrissons nos clones digitaux et les rendons de plus en plus fiables et précis. Le véritable défi aujourd’hui consiste à se réapproprier son jumeau digital pour en exploiter sa vision numérique, et ce, dans notre propre intérêt. Et si ces clones digitaux nous aidaient tout simplement à avoir une vie meilleure ?

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